Youtubeurs et twittos : des travailleurs à part entière ?

Le phénomène des youtubeurs et des twittos témoignent d’une génération de nouveaux créateurs de contenus. Ils se prévalent tous de plusieurs milliers d’abonnés et arrivent à vivre de leur pratique : ils se sont professionnalisés. A partir de leur smartphone, ils ont développé leurs stratégies éditoriales et ont nourri leur notoriété au service de leur propre média. Ces mégas usagers, caractéristiques des évolutions des usages et de l’économie numérique qu’a apporté ce web 2.0 participatif et collaboratif renouvellent un modèle économique propre aux réseaux socionumériques.

 

Un web 2.0 au service d’un nouveau statut pour l’internaute

En effet, le « web 2.0 » a amplement reconsidéré le statut de l’internaute dans la production de contenu. C’est un web interactif où le rôle de l’internaute amateur est mis au premier plan. Le pouvoir et l’influence qui lui sont donnés le place comme véritable acteur dépourvu de compétences techniques professionnelles, alimentant les sites en contenus. Il impose donc un changement d’ordre de grandeur. Les contenus sont dorénavant générés par les usagers eux-mêmes et ne coûtent presque rien comparé à une équipe éditoriale qu’il faut rémunérer.

Les termes de youtubeurs et twittos ne font pas partie de la nomenclature d’une profession même s’ils ont la possibilité d’être rémunéré pour leur activité. Ce sont les usagers de la plateforme qui ont créé ce terme pour caractériser les « gros comptes », et en faire une véritable pratique professionnelle. Ils construisent une notoriété en ligne en fidélisant une large communauté grâce à leur proximité avec leurs abonnés. Ils convertissent ensuite cette notoriété virtuelle en bénéfices réels pour leur carrière en générant une rémunération conséquente.

 

Une professionnalisation pour les travailleurs invisibles, le cas du twittos

Cet aspect financier nous interroge donc sur le statut social de ce youtubeur et twittos : est-il un amateur ou un professionnel ? Ces figures hybrides sont soumises au user generated content : il existerait une économie qui reposerait sur le travail de millions de personne qui produisent des contenus gratuitement. Ainsi, lorsque ces usagers publient une vidéo ou qu’ils tweetent sur une émission de télévision, ils travaillent pour la plateforme, gratuitement.

« Pensez au cas où nous ajoutons un hashtag sur Instagram ou Twitter. Pour vous et moi, c’est une tâche gratuite dont la rémunération se fait par des incitations variées, ludiques. Même chose lorsqu’on remplit sur Google une recaptcha pour prouver qu’on n’est pas un robot. Mais ces captchas permettent à Google d’indexer du contenu, de retranscrire des livres ou trier des images. Elles ont donc une valeur » nous explique l’article « Comment internet nous met autravail » de la revue scientifique Sciences Humaines.

Les twittos gagnent de l’argent grâce à la visibilité qu’ils offrent à leur contenu

 

Ces twittos et youtubeurs qui rassemblent une large communauté donnent une autre dimension à ce travail : si un tweet fait 200.000 retweets, ce sera 200.000 fois plus de contenus créés grâce à une seule personne. Sans compter les autres réseaux socionumériques, comme Instagram ou Facebook, qui partagent les tweets qui ont eu beaucoup de retweets et qui offrent encore une fois une immense quantité de contenu, gratuitement. 

Ces plateformes ont réussi à faire croire aux usagers que les internautes qui publient du contenu et travaillent donc gratuitement, le font pour la communauté alors que les ressources qu’ils génèrent, comme les métadonnées, sont reprises par ces mêmes plateformes pour être revendues. Ce travail invisible est mis sous silence par les plateformes en parlant d’amateurisme. Ce « digital labor » se fait hors des conventions classiques mais atteste de la professionnalisation des acteurs du numérique.

Romane REYNIER

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